Vous êtes ici

LA GRANDE LESSIVE (!) : ultime (?) rinçage

Auteur : Jean-Pierre Mocky
Editeur : Pathé ! France
Publié : 1968
Type de document : Vidéo fiction
Cote : fa moc

LA GRANDE LESSIVE : un professeur se lance dans une grande campagne contre la télévision et c'est sur les toits qu'il va perturber les émissions.

LA GRANDE LESSIVE (!) - Novembre 1968 - 9 ème film de Jean-Pierre MOCKY musique (entêtante) de François de Roubaix.

RAPPEL : 1963-1964 : la télé à la française est mise sur orbite (34 % des ménages sont équipés) et la deuxième chaîne est inaugurée.

                    1965 : Jean-Pierre MOCKY jeune cinéaste contestataire découvre un fait divers dans le Télégramme de Brest. Un instituteur sabote les antennes d'un village...

          1968 : fin du tournage, précisément le 10 mai 1968. Il obtient de justesse le droit d'accéder aux étages de la Tour Eiffel pour tourner... La réalité rejoint la fiction. On se souvient que, cette année là, l'imagination a failli prendre le pouvoir. Le cinéaste tourne comme prévu une prise d'otage d'antenne par des terroristes rigolos antitélé, alors qu'en vrai !, le pouvoir gaulliste occupera la Tour. Le journal télé y est présenté !

RESUME : Armand Saint-Just, professeur de lettres et défenseur de l'écrit part en croisade contre les méfaits de la télévision. Aidé par Missenard, prof de gym et Benjamin, chimiste anarchiste, il sabote les antennes des parents de ses élèves, provoque des orages qui brouillent la réception des programmes. Mais le directeur des chaines ne l'entend pas de cette oreille.

BOURVIL ET MOCKY  : En collaborant plusieurs fois avec Mocky, Bourvil n'est plus tout à fait le  personnage de benêt normand à tête de bedeau qui fit son succès dans nombre de pochades  et d'excellentes comédies mises en scène par Gérard Oury. Avec Mocky il se permet une métamorphose complète en personnage distingué hors du commun, lunaire et farfelu à la Raymond Queneau. Avec Mocky, il pouvait tout se permettre et repousser les limites de la bienséance tout en gardant cette silhouette flegmatique de guérillero nonchalant. Citons "Un drôle de paroissien" ; "la Cité de l'indicible peur" ; "l'Etalon", les autres fruits de leur collaboration.

MON POINT DE VUE  : Indémodable Mocky ! Dans mes moments de faiblesse, je regarde un vieux Mocky millésimé années 60 ! Cette "grande lessive" est encore imprégnée du doux parfum fleur de pavé ! Cette production Made in Mocky dénonce les méfaits de la télévision de grande écoute sur la concentration de nos chères têtes blondes, qui privées du doux sommeil des justes s'effondrent en classe le lendemain sur les bancs de l'école. Drôlement irréverencieux et follement subversif ! Tel est Mocky ! Toujours espiègle et visionnaire qui n'hésite pas à employer les grands moyens pour clairement supprimer la télé afin que les enfants travaillent à l'école !

Ce film est devenu un classique incontournable diffusé à la télévision française de nombreuses fois (jusqu'aux années 80). Il met en scène une bande de pieds nickelés de l'enseignement secondaire (sorte de brigade anti-cathodique à la SOS fantômes). Comme dans "UN DROLE DE PAROISSIEN" (1963) Mocky offre une nouvelle fois à BOURVIL  un rôle d'iconoclaste jouant les bons samaritains échappé d'un film de Godard ! Ce professeur de langue latine docte et chevaleresque s'attaque la nuit au "tube" (= le petit écran) associé à ses collégues professeur de Gym (Roland Dubillard) et  technicien chimiste (Jean Tissier) et  bientôt rejoint par l'inénarrable dentiste érotomane, le libidineux docteur Loupiac (Francis Blanche ) qui harcèle sexuellement ses clientes (tiens, tiens!). Le professeur Saint-Just considère que la télévision abrutit les humains et surtout les enfants, inconscientes victimes de leurs parents intoxiqués au "tube", opium du peuple.

LA THESE DU FILM :

On sait que dormir trop peu à de sérieuses conséquences sur la santé. Pour les enfants d'âge scolaire, la Fondation  Nationale du Sommeil préconise entre 9 et 11heures de sommeil par nuit, et pour les adolescents, entre 10 et 12 heures de sommeil. Comme l'affirme Brigitte Langevin, coach pour l'apprentissage du sommeil des enfants : "si, entre 6 et 12 ans, le sommeil nocturne s'avère de très bonne qualité, il en va tout autrement entre 13 et 16 ans. A l'adolescence, trois phénomènes viennent bouleverser le cycle du sommeil : un allègement qui touche le sommeil lent profond, une insuffisance chronique (sorte de "décalage horaire") et surtout, un dérèglement progressif (c'est le sujet du film de Mocky!) qui dérègle l'horloge interne. Une nouvelle habitude sociale s'installe et perturbe le cycle  naturel du sommeil.

De nos jours, les adolescents se couchent tard. Ils aiment cliquer  de haut en bas et de droite à gauche (réséaux sociaux, etc), ou jouer aux jeux video dans une sorte de frénésie où le temps ne s'arrête jamais. Ils peuvent même faire le pari de tenir la nuit sans dormir.

LE FILM : un antidote contre-pouvoir

Dans le film, l'ORTF vacille sur son socle. Le directeur de l'Office, le génial Jean Poiret et le rôle particulier dévoué à Michel  Lonsdale comme personne influente à l'Elysée jouent les hommes de pouvoir et les marionnettistes de la Vème République. Face aux programmes "nullisimes" de la télévision prisonnière de leur course à l'audience au grand mépris de la "jugeotte " du téléspectateur, on pourra juger cette GRANDE LESSIVE comme rafraichissante et enrichissante pour nos esprits post-soixante-huitards. D'autres pourront le considérer comme un vaudeville, un bon divertissement de gauche pré "Bidasses en folie" mais avec de bons gags anarchiques, car Mocky a toujours su allier le goût de l'insolite et de la méchanceté.  Chaque jour qui passe semble réévaluer le rayonnement de ce film, surtout face à l'abrutissement informatico-médiatico éléctronique actuel ! A noter un très bon transfert vidéo sur cette édition Pathé! et le bon rendu des couleurs. Vive la désobéissance civile à la bourre-ville !

POLEMIQUE SUR LE TITRE : pourquoi (!) après le titre

Dans l'interview qu'il accorde en bonus, Jean-Pierre Mocky précise qu'initialement il souhaitait intituler son film "LE TUBE". Mais les distributeurs lui imposent "LA GRANDE LESSIVE" après le succès commercial de films commençant par la GRANDE (VADROUILLE), le GRAND (RESTAURANT) ou les GRANDES (VACANCES). Le réalisateur, qui n'apprécie pas ce titre, exige alors l'ajout d'un point d'exclamation entre parenthèses. (Oui ! Mais!)

MAIS ENCORE

3 millions de spectateurs fin 1968 dans les salles

Le DVD du film est emprunté 26 fois depuis 5 ans à l'Odyssée. Il est emprunté 6 fois depuis le début de l'année 2017.

LA GRANDE LESSIVE (1968) - scénario : Jean-Pierre MOCKY et Alain MOURY - 90 mn - avec BOURVIL (Armand Saint-Just), Francis BLANCHE (Loupiac), Roland DUBILLARD (Missenard), Jean TISSIER (Benjamin), Jean POIRET (Lavalette), Michel Lonsdale (Delaroque).

Philippe K.