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GRAVE : le mal est il nécessaire ?

Auteur : Julia Ducournau
Editeur : Wild side video France
Publié : 2016
Type de document : Vidéo fiction
Cote : fa duc

Sortie en salles le 18/03/2017 interdit aux moins de 16 ans

Voici ce que l'on appelle un ahurissant succès critique à la fois national et international. Sa réalisatrice , fort de son succès au festival de Cannes, a présenté son film dans pratiquement tous les festivals de films fantastiques que compte cette planète. Une femme cinéaste française qui présente un film d'horreur, cela représentait beaucoup de défis à relever à la fois...

Résumé : A 16 ans, Justine est reçue brillamment dans une école d'élèves vétérinaires dans la région de Liège en Belgique. Elle retrouve sa grande soeur Alexia qui, elle, est inscrite dans la même école en seconde année. Mais l'intégration est brutale, elle est chahutée tandis que son corps d'adolescente est perturbée quand on la force à ingérer un morceau de viande crue. Végétarienne comme le reste de sa famille, Justine devient omnivore.

Intoxiquée et contrainte d'introduire dans son organisme un corps étranger, Justine s'éveille en affichant sa voracité... Car, après l'épreuve du bizutage, Justine est tentée par le goût d'une nouvelle substance : le sang. Non pas parce qu'elle a été embrassée par un vampire (il n'y en a pas dans le film !) mais parce que c'est de son âge ! Car c'est bien de cela que traite ce film égaré dans tous les sous-genres du cinéma : le profond changement de la nature génétique de notre jeunesse, quittant l'ère quaternaire qui caractérise ses ainés et se lançant éperdument dans une danse frénétique qui annonce, après la transition holocène, l'extinction progressive du genre humain.

Comme dans "Rosemary's Baby" le film de POLANSKI, Justine (est-elle encore l'héroïne sadienne des "malheurs de la vertu" ?) subit plusieurs assauts psychologiques. Les rites d'initiation du premier tiers du film semblent s'amplifier dans une atmosphère de cynisme et de violence dans laquelle elle s'accroche tant bien que mal et dans laquelle elle trouve soudain sa place lorsque l'éveil à la sexualité devient un déclic pour devenir l"autre" Justine. Sa transformation s'opère en plusieurs étapes (l'épreuve du bizutage, les crises d'urticaire, la première épilation, son visage menaçant, les meurtrissures,  le meurtre) pour la réduire à l'état instinctif de l'animal. Nous voguons sur les rives de l'ère anthropocène (anthropos= être humain, kaïnos=nouveau), sur des thèmes dèjà caressés par les très beaux "L'AUTRE" de Robert Mulligan et "MORSE" de Thomas ALFREDSSON et même dans "POSSESSION" de Zulawski et dont la grand mère serait Carol l'héroïne du film de Polanski (encore lui !) "REPULSION".

Il est tragique et paradoxal que cette race humaine dégénérée se trouve occupée à  soigner les animaux peut-être pour se rapprocher de l'extinction définitive. Pauvres animaux que l'on n'exhibe qu'à l'état de cadavres ou pire, de cadavres vivants, ce qui reproduit les schémas du film entre dominants et dominés des sociétés du travail, quand le travail revêtait un aspect rassurant, ce qui n'est plus vraiment le cas dans cette grande école Saint Exupéry des futurs vétérinaires. Dans un état de "teuf" permanente,  les relations humaines se dégradent atomisant le tissu densifié des contrats sociaux. Qui mange qui ? Qui sera le vainqueur ?

Le spectateur sort de cette épreuve complètement anéanti tout d'abord par les débordements de cette jeunesse qui se noie dans une certaine immoralité, ce goût de l'insécurité (toutes les séquences du début lors de l'intégration forcée des premières années) puis par la métamorphose de cette jeune fille qui tout d'abord meurtrie, meurtrit à son tour. Dès son arrivée à l'école, Justine se trouve confrontée au nouveau monde, un monde sonore et brutal dérangeant et organique, dans une ambiance de combat permanent en attente du "grand soir", un rêveil anthropophagique douloureux en réponse aux douceurs de la féminité.

Puis elle se soumet à la tentation et là, toute sentimentalité semble définitivement perdue ! Le corps de Justine devient cannibale et prédateur, un peu (un doigt !), beaucoup, passionnément ! elle s'épanouie véritablement en s'offrant le coeur et le corps des autres. Julia DUCOURNAU réussit un vrai travail dans la régénération de cette créature frêle, suspendue telle une brindille avant l'orage juste avant la monstruosité, en regurgitant les thèmes chers au cinéma de David CRONENBERG et de toutes les créatures de FRANKENSTEIN qui l'ont précédées, voire de certains films français déjà décadents ("DANS MA PEAU" de Marina De VAN ; TROUBLE EVERY DAY" de Claire DENIS, le cinéma de Fabrice Du WELZ). Elle sait que son cinéma est dérangeant. D'ailleurs, elle annonçait récemment à la RTBF que son prochain film serait encore plus dérangeant, encore plus insupportable...

Interprétation : Garance MARILLIER (Justine), Ella RUMPF (sa soeur), Rabah Naït OUFELLA (le petit copain), Joanna PREISS, Laurent LUCAS (les parents inattentifs).

Dans le même genre à la médiathèque : REPULSION de Roman POLANSKI (1965)  FA POL

CARRIE AU BAL DU DIABLE (1976) de Brian de PALMA

 FRISSONS de David CRONENBERG (1975)  FA CRO

DANS MA PEAU de Marina De VAN (2002) avec déjà Laurent LUCAS !  FA DEV

TROUBLE EVERY DAY (2001) de Claire DENIS FA DEN

LES CHANTS DE MALDOROR de Lautréamont  841.8 LAU

entretien de julia Ducournau à la télévision publique Belge à propos de son film GRAVE.