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REQUIEM POUR DOM JUAN 1965: les riches heures de la télévision

Auteur : Marcel Bluwal
Editeur : INA France
Publié : 1965
Type de document : Vidéo fiction
Cote : tv blu

Molière fait du personnage de Don Juan un mythe dans cette pièce longtemps interdite dans sa version non expurgée. Reprise depuis par les plus grands (Jouvet, Vilar, Chéreau, Vitez...), elle trouve ici une dimension nouvelle grâce à la mise en scène en décors naturels de Marcel Bluwal et à l'interprétation exceptionnelle de Michel Piccoli.

 

LES RICHES HEURES DE LA TELEVISION

REQUIEM POUR DOM JUAN 65   dramatique * de Marcel BLUWAL d’après MOLIÈRE.

Avec Michel PICCOLI, Claude BRASSEUR, Anouk FERJAC, Lucien NAT

UN VERITABLE ÉVÈNEMENT :

Ceux qui ont eu la chance de voir le DOM JUAN de Marcel BLUWAL à l’ORTF ce 6 novembre 1965 en rêve encore. Cette diffusion marque une date historique dans l’histoire des dramatiques télévisées comme on les appelait à l’époque et non téléfilm. La mise en scène baroque et l’interprétation géniale du maitre et de son valet touche en un soir de grande écoute 12 millions de téléspectateur sur une population de 50 millions d’habitants pour une œuvre du patrimoine qui serait difficilement réalisable de nos jours car une telle production si elle devait prendre forme ne mériterait qu’une case reléguée sur une chaine culturelle à une heure indue.

On ne fera pas l’injure de résumer la pièce de Molière ici. Sachons que né sous la plume de Tirso de Molina au début du XVII ème siècle, le personnage de Dom Juan est devenu, sous la plume de Molière, un archétype de séducteur grand libertin qui nie l’existence de Dieu capable de blasphémer et de se dresser devant  le jugement dernier. Il s’entoure de son valet Sganarelle qui lui rappelle sans cesse la bienséance et le respect d’une vie supraterrestre. On va assister durant cette journée, alors qu’il vient de répudier sa femme Elvire, au défi  lancé par Dom Juan à la face de Dieu et à sa chute mortelle. Respectant l’unité de temps de la pièce classique entre le petit déjeuner et le souper, Cet homme n’a plus qu’une journée à vivre.

MARCEL BLUWAL, MAITRE DE CÉRÉMONIE :

Né en 1925, Marcel BLUWAL a fêté ses 92 ans. Il est l’un des téléastes les plus estimés, auteur des séries « Vidocq », « Thérèse Humbert » parmi ses œuvres les plus connues et d’une dizaine de transcriptions de la scène au petit écran (Molière, Marivaux, Feydeau, Shakespeare…).

Alors que la pièce était rarement montée depuis son interdiction en 1665 (trois cents ans exactement avant le tournage) BLUWAL fait sensation en proposant une lecture personnelle et une œuvre de cinéaste ou plutôt de téléaste. En centrant son film sur la course suicidaire de son anti héros ( ?), il réalise une œuvre atemporelle comme l’était à son époque la pièce de Molière.

Ce chef d’œuvre irradie aujourd’hui encore car la dramatique semble tournée, achevée et montée hier. Elle possède la richesse minérale des grandes œuvres télévisées du Service Public. Je vous conseille d’ailleurs de le voir en édition récente Blu Ray si vous possédez un matériel adéquat.

MICHEL PICCOLI ET CLAUDE BRASSEUR – DOM JUAN ET SGANARELLE

Marcel BLUWAL a choisi Michel PICCOLI pour incarner DOM JUAN à l’écran parce que celui-ci n’a rien d’un apollon mais qu’il conserve les traits de la séduction d’un homme dans la force de l’âge (il avait 40 ans). Il porte le masque de la mort en marche. C’est un homme faussement fort, fatigué qui ne se déplace qu’à cheval et qui vainc l’ennui des quelques heures qui lui reste à vivre en trompant son monde comme il le ferait par habitude. Pour incarner SGANARELLE, BLUWAL choisi l’exacte opposé  de l’homme fatal. Claude BRASSEUR incarne un valet bonhomme,  plein de faconde,  de tournures d’esprit et le verbe haut. BRASSEUR a dix ans de moins que PICCOLI alors que dans la pièce c’était le contraire. SGANARELLE précédait DOM JUAN.  Bluwal a voulu montré l’admiration éperdue d’un serviteur pour son maitre mais  qui s’oppose en tout, perturbé qu’il est par le choix inéluctable qu’il ne peut empêcher à son faible niveau. D’ailleurs, il ne se déplace qu’en baudet, rappelant un Sancho Pansa. Jouée par la délicieuse Anouk FERJAC, Elvire répudiée par son mari est une femme bafouée qui demande réparation devant Dieu, elle qui a perdu l’innocence en se liant à Dom JUAN et  tente de la retrouver en se retirant du monde dans un couvent. Elle aussi s’oppose à cet être hypocrite, inconstant, qui passe d’une femme à l’autre en sauvant son âme et en se rapprochant de Dieu

UNE RÉALISATION QUI BRAVE LE TEMPS

En écrivant son DOM JUAN pour le petit écran, Marcel BLUWAL avait pour aspiration de retrouver la DISTANCE THÉÂTRALE en composant une véritable mise en scène de télévision. Les changements de décors soulignent la fuite en avant de DOM JUAN vers le baiser de la mort. BLUWAL qui avait l’ambition de mettre le répertoire dramatique (DOM JUAN est une fausse comédie) à la disposition de tout le monde réussi son coup en tournant tous ses plans-séquences dans des décors naturels dépouillés, et tous reconnaissables dans lesquels DOM JUAN NE FAIT QUE PASSER avant de trépasser devant la statue du Commandeur. (Le grand hôtel vide du Trianon Palace, les écuries du château de Chantilly, la plage Atlantique, la forêt de Chantilly, l’église de Saint-Sulpice, le tombeau du Commandeur dans les Salines d’Arc-et-Sénans…).

En choisissant des costumes style 1830 (la pièce en 5 actes datant de 1665), Marcel BLUWAL fait là aussi le choix de DISTANCIATION car c’est vraisemblablement à cette époque que l’on retrouve le plus souvent le phénomène de  DOM JUAN.

Le réalisateur utilise les outils cinématographiques classiques : champ-contre-champ dans les moments de conflits, plongée lorsque survient une menace ou au contraire contre-plongée montrant la supériorité du libertin sur le reste du monde. Mais c’est dans l’art du travelling lorsque la caméra se déplace verticalement ou horizontalement que Marcel Bluwal montre l’instabilité du personnage, sa poursuite irrépressible vers le sacrifice et dans l’art du gros plan il montre la mort au travail.

Pétri de manière définitive, il faut revoir à de nombreuses reprises l’œuvre de Marcel Bluwal pour  ressentir l’œuvre de Dieu qui se venge d’un avatar de l’homme, chaque image a été désirée et de chaque image surgit un choc émotionnel que la musique du Requiem de Mozart envoûte. Dès le générique, la justice divine est aux aguets. Son œil tout puissant surveille les allées et venues et surprend l’hérétique dans ses moindres déplacements, prêt à annihiler les basses promesses de la séduction. L’œil de Dieu combine devant le téléspectateur une suite de mouvements saccadés, d’avertissements pré-mortem que DOM JUAN aveuglé par la raison repousse alors que la rédemption dans les bras de son père est encore possible.

Comme le disait Marcel Bluwal dans un entretien de l’époque : « chaque signe représenté à l’écran, que ce soit un décor, une couleur, un costume, un accessoire, un air musical, un mouvement de camera, donne un sens personnel à l’œuvre immémoriale que représente le DOM JUAN de Molière. »

Comme son archétype, le téléfilm de Marcel BLUWAL, pardon la DRAMATIQUE de Marcel Bluwal ne vieillira jamais.

 

 

 

DOM JUAN à l’ODYSSÉE (audio-visuel)

Texte lu adultes : enregistrement sonore enregistré en 1954 au théâtre de Chaillot avec Philippe NOIRET, Georges WILSON (842.4 MOL)

Texte lu jeunesse : d’après Molière - 2010 (TH)

DVD : Dom Juan de Molière (2003) avec Daniel Mesguich, christian Hecq               TH MOL

            Don Giovanni (1979) de Joseph Losey FA LOS

Don Giovanni (2001) opéra mis en scène par Jurgen Flimm  MUS OPE

MOZ

CD :    Don Giovanni (1990) Marc Minkowski. Opéra de Mozart 3 MOZ 18.70

            Don Giovanni (1979) 

*DRAMATIQUE : l'ancêtre du téléfilm, une pièce de théâtre est tournée pour la télévision comme un film.