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AMANDA : "extrême pudeur"

Auteur : Mikhaël Hers
Editeur : Pyramide Vidéo France
Publié : 2018
Type de document : Vidéo fiction
Cote : fa her

AMANDA :  « extrême pudeur »

de Mickaël Hers (2018) avec Vincent Lacoste, Isaure Multrier, Ophelia Kolb, Stacey Martin.

« Paris de nos jours. David, 24 ans, vit au présent. Il jongle entre différents petits boulots et recule, pour un temps encore, l’heure des choix plus engageants. Le cours tranquille des choses vole en éclats quand sa soeur aînée meurt brutalement. Il se retrouve alors en charge de sa nièce de 7 ans, Amanda. »

Lorsque j’ai vu ce film dans un cinéma art et essai décoré à l’ancienne cet automne, mon coeur a chaviré. Je n’avais pas ressenti de telles émotions au cinéma depuis une éternité. Comme si cette petite musique du quotidien me sussurait : « ce film t’appartient, tu as vécu cela et maintenant coltine-toi avec ! ». J’ai moi même vécu les mêmes émotions au même âge que David dans le film.

« AMANDA » marque l’entrée de Mickaël HERS dans la cour des grands cinéastes français de l’âge classique. Son personnage principal, un jeune homme hésitant de 24 ans dans le monde agité de l’est parisien va se retrouver subitement sans transition dans le monde adulte des décisions et des résignations.

Ce que j’ai particulilèrement apprécié dans le traitement du film, c’est la manière dont le cinéaste caresse son sujet : l’engagement dans la vie d’un jeune homme après la conflagration. Le bonheur magnifié, la douceur des rendez-vous galants, la complicité qui unit un frère et une soeur abandonné par leurs parents et une  petite nièce de 7 ans qui devient, malgré elle, le sujet du film. Tout cela vole en éclat.

Après l’attentat au bois de Vincennes, nous basculons d’un monde incertain vers un monde tragique.

En cela, Mickaël HERS réussit avec beaucoup de pudeur ce passage à l’âge adulte en faisant de ce fonds historique brûlant une toile désagrégée dans laquelle il s’englue en faisant de lui une figure de l’abnégation, un héros moderne qui ne se revendique pas comme tel *. Comme Pialat, Miller, Truffaut ou Comencini l’avait fait avant lui, il réflechit par petites touches successives comment une enfant bouleversée par des évènements, captive de son époque brutale évolue et résiste tant bien que mal à la cruauté ordinaire...

Mickaël HERS confronte le spectateur avec son époque de chaos, intransigeante, lui parle de deuil, du chagrin, de la fin de l’ « adulescence » et cela fait résonner forcément en chacun d’entre nous une corde évocatrice. Il est rare qu’un cinéaste français actuel se penche avec autant de maitrise et de retenue sur la période la plus tendre et la plus exposée de l’être humain.

Un grand cinéaste est né. Encore un...

*En acceptant son rôle de tuteur, David, se rend compte qu’il va sacrifier sa jeunesse et ses illusions, que les boulots alimentaires avec vues sur Paris ne suffiront plus. Il faut tenter de survivre...  PHILIPPE