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Le convoi de la peur

Auteur : William Friedkin
Editeur : Wild side video Etats-Unis
Publié : 1977
Type de document : Vidéo fiction
Cote : fa fri

De la possédée au camion

Critique « Sorcerer », le convoi de la peur

 

 Avertissement : Ceci est un film pour cinéphile, injustement méconnu.

Réalisé par William Freidkin, qui avait déjà fait le célèbre l’exorciste et French Connection, ce film est, selon les propres mots du réalisateur, le plus abouti de sa carrière.

Son histoire est difficile à décrire. On peut néanmoins en donner la synthèse suivante : 4 hommes provenant d’univers différents se retrouvent au fond de la jungle amazonienne pour échapper à leurs écarts passés. Un puit de pétrole explose. Pour éteindre l’incendie, il faut l’étouffer avec de la dynamite ; or cette dynamite se trouve à plus de 200 kilomètres du puit en feu.

C’est donc à bord de deux camions récupérés et équipés pour se tailler un chemin à travers la forêt, que les 4 hommes iront affronter la jungle amazonienne. Mais tous n’en reviendront pas…

Au-delà de l’histoire, ce film est sûrement l’un des derniers entièrement tournés avec de vrais décors : rien n’a été tourné en studio, toutes les scènes montrent de vrais emplacements géographiques, comme les scènes de la jungle qui ont été tournées en République Dominicaine et au Mexique. Des membres de l’équipe de tournage tombèrent malades, notamment à cause de la malaria ; d’autres encore durent être renvoyés à cause de leur consommation de drogue. William Freidkin reçut ainsi des lettres de la police avec les noms des consommateurs de stupéfiants.

La scène du pont est d’ailleurs proprement époustouflante et mérite à elle seule de voir le film. Plus de trois mois ont été nécessaires pour finaliser ce passage. La cause ? Le réalisateur voulait une lumière constante. Or, dans la jungle, la lumière naturelle change en permanence. Les scènes ont donc été tournées uniquement tôt le matin, sinon les décors et l’ensemble devenaient trop lumineux.

L’esthétisme de ce film étant toute particulière, les acteurs n’étaient pas ceux prévus par le scénario.

Ce sont plutôt des gueules « laides », à l’instar d’un Roy Scheider ou Bruno Cremer, qui ont pris la place d’un Steve McQueen ou d’un Marcello Mastroianni.  Ces derniers ont décliné l’offre de Freidkin à cause des lieux de tournage. Les femmes de ces acteurs ne souhaitaient pas voir partir ou partir avec eux sur des zones de tournage dites « difficiles » durant plusieurs mois.

Et c’est peut-être l’un des aspects essentiels dans ce film, que la laideur peut être belle, voire source d’une grande beauté.  Tous les éléments du film comportent une vraie part de laideur : les personnages avec des histoires montrant une possibilité négative de l’âme humaine ; l’accident du puit de pétrole, montrant les conséquences directes sur l’homme et la nature d’une transformation radicale due à l’activité d’extraction pétrolière ; le pays «  refuge » pour les 4 hommes montre le classique pays du tiers monde, certes corrompu par ses élites et le gouvernement, mais aussi dépendant du bon vouloir des entreprises étrangères ; et la jungle, hostile, malgré  l’impression de l’homme d’avoir dominé la  nature.

En réalité, la forêt équatoriale n’est toujours pas domptable. Et elle n’autorise les 4 hommes  qu’à passer à travers elle.

Pour l’anecdote, un des deux camions utilisés fait appel à une référence visible dans un autre des films fait par Freidkin. Il s’agit du fameux démon Pazuzu.

La musique est absolument hallucinante. Elle a été composée par le groupe Allemand « Tangerine Dream », connu pour son Rock instrumental saisissant.

Sorti à la même période qu’un certain Star Wars en 1977, il n’eut pas le succès escompté, noyé devant la masse du nombre d’entrée du film de Georges Lucas. Certains cinémas l’ont même déprogrammé pour mettre plus de séances de Star Wars.

Il n’empêche, ce film est d’une singulière beauté. Certes l’histoire est assez longue à se mettre en place et certains diront que les personnages ne sont pas assez travaillés, notamment celui du tueur à gage Nilo.

Mais il mérite d’être vu au moins une fois. Pour l’histoire, qui est incroyable, les décors à vous couper le souffle, le jeu des acteurs, très bon malgré le fait qu’ils soient des inconnus du grand public (exception faite pour Roy scheider), et enfin, pour la construction globale du film, qui fut certainement un des plus aboutis des années 1970.