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RÉVOLUTION "PILOTE" : y a-t-il toujours un boss à bord ?

Auteur : Éric Aeschimann
Editeur : Dargaud Paris
Publié : 2015
Type de document : Livre
Cote : 741.5 aes

RÉVOLUTION « PILOTE » :

Excellente idée que de présenter à la nouvelle génération sous format d’album BD un épisode marquant de la presse éditoriale en mai 1968 :  Comment et pourquoi le journal de BD « pilote » est-il passé du « journal d’Astérix et Obélix » au journal « qui s’amuse à réfléchir ». En mai 1968, René Goscinny en était le « maitre absolu »  et pilotait en père tranquille son journal pour jeunes ados. Puis soudain à la fin des évènements de 1968, la parution du journal est suspendue et  le voici convoqué par un comité de dessinateurs syndicalistes* dans un café, rue des Pyramides lui exigeant de passer le pouvoir à un collectif de dessinateurs-auteurs. En ce temps là, les dessinateurs n’étaient pas des enfants de choeur... Les temps changent !

Lui qui était venu à pieds des bureaux de Neuilly pour cause de gréve des transports,  subit les fourches caudines de ce tribunal révolutionnaire, ne dit pas un mot et repart présenter sa démission à Georges Dargaud, le propriétaire du titre qui la refuse et le nomme directeur lui qui n’était à l’époque que rédacteur en chef.

Blessé, chaleureux, visionnaire, ce petit bonhomme pince sans rire bien rigide dans son costume trois pièces, décide de changer le cours des choses en matière de bande-dessinée en créant lors d’une célèbre réunion improvisée les fameuses bandes d’actualité avec des images en couleurs. Le journal de bande dessinée pour adultes était né ! Le scénariste d’Astérix laissera le gouvernail en 1974 et meurtri par cette aventure s’étiolera jusqu’à sa mort tragique en 1977.

Moi qui en 1973, achetait Pilote en recueil à la fin de l’année, je ne  me doutais pas de l’importance d’une telle revue à la fois divertissante, absurde,  caustique et politique... Car il collait à l’actualité. D’ailleurs je rachète depuis quelques années les anciens numéros de cette époque à prix d’or pour rattraper le temps perdu. Ils ne sentent toujours pas la naphtaline.

Eric Aeschimann journaliste au « Nouvel Observateur » et Nicoby dessinateur de cette bande dessinée sur la bande dessinée se mettent en scène sur un ton badin en menant leur enquête sur la portée d’une telle révolution. Invités par Gotlib, Fred, Mandryka, Giraud, Druillet et Bretecher, les stars de l’époque, ils essaient de cristalliser les raisons de cette tentative d’assassiner le père.

De ces dissensions et malentendus, sont nées à partir de 1972 trois revues de BD historiques aux thèmes et aux destins divers : « l’Echo des Savanes » ; « Métal Hurlant » et « Fluide Glacial » ainsi qu’un album d’Astérix en 1970 « la zizanie ». Si vous vous demandez d’où provient la bande dessinée moderne, vous avez maintenant la réponse !

Mâtin, quelle BD !

*En fait, très peu de dessinateurs de « pilote » étaient présents lors de ce procès stalinien. Seuls, GIR(aud), Mézières et Mandryka étaient présents.  PK